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ETHNOGRAPHIE

Le nouveau Museum der Kulturen de Bâle? Beau mais vide

Par ÉTIENNE DUMONT Bâle le 18.11.2011 à 11:00

Le bâtiment rénové a évacué les collections permanentes. Il n’offre plus que des expositions esthétisantes et minimales. Reverrons-nous un jour les objets?

C’était le 7 septembre. Après des mois et des mois de travaux, le Museum der Kulturen de Bâle rouvrait ses portes. Celles-ci avaient d’ailleurs changé de place. Redessiné par le tandem local Herzog & De Meuron, le bâtiment s’était vu retourné comme une crêpe. L’entrée donnait désormais sur la cour, et non plus sur une rue latérale. Il faut dire que cette dernière, avec ses bâtiments à colombage, se révèle infiniment plus séduisante que l’ancien bâtiment de 1849 d’à côté.

Le tandem bâlois a réussi ce qu’on appelle un «geste architectural». Le toit de l’ancien musée s’est vu recouvert d’une sorte de vague, tandis que le parvis descend en pente douce vers des portes vitrées en sous-sol. De ce côté-là, tout va bien. C’est à la fois innovateur et respectueux.

Changement de nom en 1996

Reste qu’un musée constitue avant tout, quoi qu’on en pense aujourd’hui, un contenu. Qu’allait faire l’impérieuse directrice Anna Schmid des vieilles salles poussiéreuses? Celles-ci abritaient en effet des collections fabuleuses, les plus belles de Suisse, assurément, en matière d’ethnographie. Des milliers d’objets sont en plus précocement arrivés en Europe. Or on sait toute l’importance que revêt, aux yeux des spécialistes actuels, la date de la «collecte».

Le Museum der Kulturen n’aime plus trop qu’on lui rappelle ses origines ethniques. L’ethnographie, de nos jours, ne lui semble plus correcte. Le mot sent le colonialisme à plein nez. «Le sanglot de l’homme blanc» a d’ailleurs été si larmoyant dans l’institution a changé de nom en 1996. Le Museum für Volkskunde est ainsi devenu le Museum der Kulturen.

Du blanc, rien que du blanc

Les dégâts se découvrent aujourd’hui dans toute leur étendue. Les trois étages du musée restent presque vides. Il faut voir là l’influence des musées d’art contemporain. Du blanc et du rien. Pour commencer, gênantes, les collections permanentes ont entièrement disparu. En réserve! Il sera maintenant impossible de découvrir à Bâle des objets africains ou océaniens. Ils ne redeviendront visibles que lors d’expositions temporaires ou de prêts à l’extérieur.

Le Museum der Kulturen ne propose donc, pour son ouverture, que deux expositions temporaires. L’une, sur l’Opéra de Pékin, reste sans surprise, si ce n’est par la quantité de volume nécessaire à montrer si peu de chose. «Un long voyage commence avec un premier pas», a dit Lao Tseu. Une salle ne contient ainsi qu’une paire de souliers chinois.

De l’importance de la boutique

C’est l’accrochage «EigenSinn» qui inquiète le plus. Ce «sens propre», ou «aspects inspirants de l’ethnologie», se décline en cinq rubriques sur tout un étage. Il n’y a pas ici de textes autres que ceux de la copieuse brochure en allemand. Pas d’étiquettes non plus. Elles auraient sans doute gâté la scénographie. Et pas d’objets non plus, ou presque. Les cinq espaces n’en contiennent que 38 en tout. Ils viennent d’un peu partout, datent de toutes les époques et n’ont apparemment rien à se dire. C’est cette étrange absence de relation qui devrait apparemment faire sens.

Qu’en pense le public? Il n’y en a pas beaucoup, de visiteurs! En lisant le livre d’or, on découvre cependant que les gens apprécient en général l’idée de ce vide esthétisant, visitable en vingt minutes (le temps de la lecture d’un journal gratuit). Et, si le public veut voir de beaux objets exotiques, il n’a qu’à se promener dans un musée d’arts extra-européens, comme le Rietberg de Zurich. Curieusement, les musées d’arts extra-européens ont moins d’états d’âme que l’ex-ethnographie… Une leçon à méditer quand on sait que notre MEG est aujourd’hui en pleins travaux.

Ah! J’oubliais. Il y a toute de même une salle remplie jusqu’au plafond d’objets disparates. On a rarement vu un espace aussi plein. Il s’agit de la boutique du musée, je vous rassure. Le commerce, tout le monde le sait, c’est l’abondance.

Pratique

Museum der Kulturen, 8, Augustinergasse, Bâle. Tél. 061 266 55 00, site www.mkb.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h.

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