ethno.org num 24

ETHNOGRAPHIQUES.ORG

Numéro 24

Ethnographiques.org, la revue en ligne de sciences humaines et sociales, a le plaisir de vous annoncer la parution de son vingt-quatrième numéro, Ethnographies des pratiques patrimoniales : temporalités, territoires, communautés, coordonné par Ellen Hertz et Suzanne Chappaz-Wirthner.

Les articles réunis sous ce titre s’interrogent sur la vie sociale intense que le concept de patrimoine connaît aujourd’hui, aussi bien dans le champ de la recherche scientifique que dans celui de la politique institutionnelle et du tourisme culturel. Comment, dans ce contexte de « fièvre patrimoniale », traiter d’un tel concept ? Suffit-il, pour marquer la distance analytique prise avec les instrumentalisations diverses dont il est l’objet, de recourir aux guillemets, sauf à faire surgir le spectre redouté de sa naturalisation ? Ou de lui substituer le concept de patrimonialisation, plus à même de laisser entendre d’emblée que tout patrimoine est le produit d’une fabrication répondant aux attentes et aux préoccupations de l’heure ?

Ces questions sont au fondement des articles réunis dans ce numéro. Tous s’attachent à identifier les acteurs de la « chaîne patrimoniale », à prendre en compte l’échelle à laquelle ils opèrent, à mesurer l’incidence des structures étatiques sur leur action, à dégager les critères avancés pour définir la singularité ou la représentativité d’un lieu, d’un objet ou d’une pratique, à mettre au jour enfin les enjeux d’une telle qualification, les ajustements qu’elle implique en amont, les effets en retour qu’elle entraîne en aval. Le risque surgit cependant que la même démonstration se répète d’un contexte à l’autre : oui, le patrimoine est fabriqué, non, il ne saurait tenir lieu pour les chercheurs d’outil conceptuel et d’instrument d’analyse. Comment dès lors pousser le questionnement plus avant et échapper au cercle de la répétition ? Trois pistes se dessinent, dont les articles ici rassemblés amorcent l’exploration.

Il faut d’abord délaisser le champ patrimonial consacré et prêter attention à des facettes du processus occultées, voire exclues : comme l’ombre intensifie la lumière, elles dessinent un hors champ qui met en relief la mission normative de l’entreprise patrimoniale. Il faut également aborder celle-ci dans une perspective plus large et s’interroger sur la nature et la portée des politiques de reconnaissance fondées sur une vision essentialiste du « patrimoine culturel immatériel » cher à l’UNESCO. Il faut enfin s’intéresser aux « patrimonialisations ordinaires », nées de l’initiative d’érudits et de collectionneurs amateurs ou d’associations de défense de la mémoire et de l’identité locales, en prenant garde ce faisant à ne pas reconduire l’opposition canonique entre une culture du « haut », institutionnalisée, et une culture du « bas », organique et pure… et relever au contraire les phénomènes de résistance, d’emprunts, de réinterprétations permanentes constitutives de toute pratique sociale.

Telle est l’orientation qui fait la spécificité de ce numéro patrimonial. Les publications sur le sujet abondent aujourd’hui. Aussi trois comptes-rendus d’ouvrages récemment parus sur la question accompagnent-ils le numéro, permettant de poursuivre les discussions. Enfin, trois contributions sont présentées hors dossier. La première traite de la sauvegarde de la diversité naturelle et analyse les justifications avancées par les gestionnaires du parc national de la Vanoise pour patrimonialiser le bouquetin. La deuxième s’interroge sur l’antinomie de la « fête » et du « travail » et met au jour le rôle d’outil social que la fête remplit au sein d’établissements professionnels parisiens. La troisième enfin montre comment, dans un pensionnat d’élite en Inde du Nord, la couleur, étroitement associée aux activités, aux relations sociales et aux expériences sensorielles des élèves, définit leur statut et ordonne leur vie quotidienne.

www.ethnographiques.org/2012/

 

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